Théâtre

Vue ext théâtre

Inauguré en 1912, c'est le joyau de la ville. Réplique au 1/5e de l'opéra Garnier, il est considéré comme un des plus beaux théâtres à l'italienne de France. Classé au répertoire des monuments historiques depuis 2000, il a été rénové en 2018.

D’une capacité de 540 places, le théâtre est classé parmi les vingt plus beaux de France. A l’origine, il n’était pas question pourtant de bâtir un théâtre. Denain avait un projet de salle des fêtes destinée à compenser l’exiguïté des salles de la mairie et des salles privées de la ville. Premier auteur et chef de projet, Emile Marquette, architecte et inspecteur des Beaux-Arts à Paris, décède subitement (1839-1906). Il est remplacé par l’architecte Louis Six qui s’aperçoit que les plans de son prédécesseur s’avèrent incomplets et inexécutables. Persuadé que les sommes prévues au devis sont très insuffisantes, il propose à la municipalité de refaire un devis estimatif. Louis Six substitue au projet de salle des fêtes un projet de théâtre soutenu par Auguste Selle, maire de 1896 à 1911, mais dont le coût annoncé provoque une crise municipale. En juillet 1906, le conseil municipal vote la demande de crédits supplémentaires. Enfin, le 10 juillet 1912 a lieu l’inauguration.

L’édifice est sur deux étages avec un fumoir au premier pour les réceptions et un large hall d’entrée. D'inspiration néo-classique, ce théâtre à l'italienne avec un parterre incliné et deux balcons correspond aux goûts architecturaux en vogue après 1900. Son style néo-Louis XVI très orné est inspiré de l’opéra Garnier à Paris, plus ancien. Plus directement, il emprunte des éléments de la façade de l'opéra de Lille construit à la même période par l'architecte Louis Marie Cordonnier. Il reprend le lourd entablement, les colonnes et pilastres de l'étage, les trois travées et leurs baies en plein cintre et l'option d'une sculpture monumentale sur l'attique. Le sous-bassement de l'édifice est en pierre de Soignies (pierre bleue calcaire de la Province du Hainaut).

La toiture est imposante. Un dôme de plan carré surmonté d'un campanile couvre le vestibule et le fumoir. Un petit dôme constitue la toiture de chaque escalier. Leur charpente est en bois et ils sont couverts de tuiles losangées en zinc. La couverture de la salle et de la cage de scène est en ardoise sur une charpente métallique.

Initialement, au sous-sol, un espace situé sous le vestibule était destiné à la société philharmonique et un autre, sous le parterre, à la société chorale. La salle offrait à l'origine 860 places dont 360 au parterre, 178 au premier balcon (58 dans les loges, 44 de face et 76 de côté) et 322 au second balcon.

Richesse des décors

Depuis le dernier tiers du XIXème siècle, le rôle de la décoration devient majeur dans les théâtres. Les sujets et motifs s'inspirent de la fonction du théâtre, temple de l'art dramatique (comédie et  tragédie), de la musique et de la danse. L'abondance d'éléments décoratifs et de dorures notamment ajoute au caractère festif du théâtre et correspond aux goûts de luxe de la classe dominante. Ce faste se caractérise par une grande diversité de techniques et de matériaux faisant intervenir de nombreux artistes et artisans d'art.

Vue int théâtre

A Denain, la richesse des décors témoigne de la prospérité et de l’expansion de la ville au début du XXème siècle. Victor Lhomme (1870-1957), artiste peintre installé à Lille, a créé le tympan du plafond de la salle de spectacle sur le thème des arts lyriques et trois panneaux à l’huile sur toile marouflée pour les murs et le plafond du fumoir ; ces trois tableaux ont disparu. Pierre Turpin, entrepreneur de travaux d’art et maître verrier à Lille, a réalisé les verrières qui éclairent les deux escaliers intérieurs ainsi que les travaux de décoration et de dorure à l’or fin de la salle et du fumoir ; il fournit également les papiers peints de la salle. Edgar Henri Boutry (1857-1938), ancien élève des écoles académiques lilloises et de l’école des beaux-arts de Paris, prix de Rome en 1887, est le sculpteur de l’allégorie du théâtre placée au centre de l’attique ; au-dessous, deux profils, l’un souriant et l’autre austère, figurent la tragédie et la comédie et encadrent le blason de la ville de Denain.

Suite aux dégradations de la Première Guerre mondiale, l’architecte Gaston Trannoy se voit confier les réparations, l’agrandissement du théâtre et la construction d’annexes dans le cadre de la procédure des dommages de guerre. Le bâtiment annexe au théâtre est construit en 1925. Les toiles marouflées de Victor Lhomme (les deux tableaux muraux et le plafond) sont remplacées en 1924 par des peintures  de G. Meurisse, décorateur de Valenciennes spécialisé dans ce genre de décors.

Toiture refaite à l'identique

Après ceux de 2000-2001 (espace scénique modulable, modernisation des loges et un accès aux salles par ascenseur pour les personnes à mobilité réduite), de nouveaux travaux de rénovation sont réalisés en 2018 : réfection de l'ancienne toiture à l'identique, renforcement de la charpente, ravalement des façades anciennes, restauration du fumoir, de son lustre, de l'arc de scène et des loges de l'avant-scène, remplacement des fauteuils ; une nouvelle régie a en outre été aménagée dans la salle. Fermé pendant un an, le théâtre a rouvert en janvier 2019, avec pour parrain une icône de la chanson française, Patrick Bruel, qui y a donné un concert exceptionnel le 2 février.

Le 18 octobre 2000, le théâtre de Denain a été inscrit en totalité sur la liste des monuments historique à l'exception de la cage de scène. Les façades et toitures de l'annexe sont également inscrites au titre des monuments historiques.